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RETRAITES: LES FAITS NOUVEAUX

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Éditorial de Jean-Claude Mailly,
Secrétaire général de Force Ouvrière



La concertation sur les retraites avec le gouvernement a débuté le jeudi 27 mars.

À l'occasion de ce premier entretien, le gouvernement voulait écouter l'analyse des uns et des autres, leurs positions, leurs revendications.

Force Ouvrière a développé ses revendications et ses pistes pour le financement.

Au préalable, nous avons demandé aux ministres s'il y avait de la cacophonie ou un jeu de rôle gouvernemental sur la question de la durée de cotisation.

D'un côté, un Premier ministre qui explique que les 41 ans ne sont pas une option, qu'ils sont décidés. De ce point de vue, le Fillon 2008 équivaut au Fillon 2003. Il n'a pas évolué. Le nouveau porte-parole gouvernemental, il y a quelques jours, disait la même chose.

D'un autre, un président de la République qui, dans une interview au Figaro avant les municipales, restait prudent sur la question. Et un ministre du Travail, tout aussi prudent, qui, interrogé par nos soins, répond que c'est la loi de 2003 qui a prévu les 41 ans, sauf événements nouveaux.

Il a, depuis ce week-end, expliqué qu'on ne pouvait pas faire sans passer aux 41 ans!

Or, les éléments nouveaux existent. Par exemple, rien de changé en matière d'emploi des seniors. Ceux-ci sont toujours de manière importante (deux tiers) écartés de l'emploi au moment de la liquidation de leur retraite.

Et ce ne sont pas des annonces nouvelles en la matière qui pourraient faire changer les choses. Pour que les choses changent, il faut en mesurer concrètement les résultats sur plusieurs années et non se contenter d'annonces.

Autre exemple: pas de transfert de la cotisation UNEDIC vers la cotisation vieillesse, comme envisagé par la loi de 2003. Et surtout, rien ne justifie le pas-sage aux 41 ans. Au contraire, tout justifie le blocage des compteurs à 40 ans. Quarante ans, non seulement ça suffit, mais c'est déjà trop!

Allonger la durée de cotisation à 41 ans revient aujourd'hui à obliger la moitié des femmes salariées et plus du tiers des hommes à travailler un an de plus!

Augmenter la durée de cotisation, c'est aussi contraindre nombre de salariés à s'arrêter avant d'avoir une carrière complète, donc avec une décote, c'est-à-dire une réduction importante de leur retraite ou pension.

Laisser croire, par ailleurs, que l'allongement à 41 ans est financièrement indispensable est un leurre. Selon la Caisse nationale d'assurance-vieillesse des travailleurs salariés, cela économiserait (pour le privé) 2,2 milliards d'euros en 2020. Ce qui n'a rien, loin s'en faut, d'insupportable. Rien que la révision de la croissance risque de faire perdre 5 milliards d'euros au budget de l'État.

L'été dernier, en deux mois, les pouvoirs publics ont décidé d'un paquet fiscal de 15 milliards d'euros annuels en année pleine. À titre d'exemple, le bouclier fiscal, qui profite surtout aux plus riches, coûte chaque année 600 millions d'euros et l'allègement des impôts sur les dividendes, 500 millions.

Le gouvernement fait donc des 41 ans un symbole à imposer aux salariés actuels et aux jeunes générations. Il veut leur faire baisser la tête en quelque sorte. Notre rôle, à Force Ouvrière, c'est au contraire d'aider les salariés à relever la tête.

Outre la durée, la question du niveau des retraites et pensions est également cruciale pour Force Ouvrière, ce qui pose le problème des modalités de revalorisation et de calcul de la retraite par rapport aux salaires.

Rappelons qu'en 2008, le taux de remplacement pour la retraite de base n'est plus de 50%, mais de 43%.

Nous avons également développé nos positions sur la décote, les droits familiaux, l'assurance-veuvage et la pénibilité notamment.

Nous avons, par ailleurs, contesté les discours consistant à dire: «Il n'y a que trois solutions: augmenter la cotisation, augmenter la durée, baisser le niveau des retraites et pensions*», et à expliquer qu'on doit équilibrer les mesures généreuses (comme la revalorisation des petites pensions) par des mesures courageuses (c'est-à-dire douloureuses) pour les salariés.

D'autres choix sont en effet possibles, en particulier en matière de financement. Ces choix supposent, il est vrai, un certain courage politique pour enfin réorienter –ce qui est indispensable– la politique économique.

À l'initiative d'associations de handicapés, le 29 mars a été choisi pour une manifestation nationale visant, en particulier, à réclamer une allocation adulte handicapé d'un niveau égal au Smic.

En contact avec plusieurs associations, notamment au travers de nos journées sur le thème «travail et handicap», le Bureau confédéral a soutenu cette manifestation.

Lundi 31 mars, quatre confédérations (FO, CGT, CFTC, CFE-CGC) se sont rencontrées pour affiner et échanger sur leurs positions en matière de retraite, nombre de points communs (par exemple sur la durée de cotisation ou l'augmentation du pouvoir d'achat) étant déjà recensés. Les organisations ont décidé de rester en contact étroit.

Dans l'immédiat, compte tenu des déclarations gouvernementales de ce week-end et du premier projet gouvernemental, remis d'ici à une dizaine de jours, Force Ouvrière appelle à des manifestations dans tous les départements le 16 avril 2008.

Seule une mobilisation amplifiée pourra faire bouger le gouvernement.

* Au passage, les trois ont déjà été imposées.


mercredi 2 avril 2008

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